Par Bertrand Moulin le vendredi, juin 25 2010, 10:42 - Découverte - Lien permanent
Sortie découverte sur le Haut-Allier

L’Allier est une rivière dont la source se situe dans les montagnes cévénnoles au Moure de la Gardille à 1503 m d’altitude. Débutant son parcours en Lozère, elle pénètre très vite dans le département de la Haute Loire et constitue sur quelques dizaines de kilomètres une limite entre ces deux entités administratives.
La partie supérieure de l’Allier, entre la source et Pont d’Alleyras, chemine à travers des unités géologiques contrastées, des plateaux basaltiques du Velay Volcanique au massifs granitiques de la Margeride. S'écoulant dans une vallée encaissée et relativement préservée, la seule trace visible de l'homme est la voie ferrée qui de viaducs en tunnels suit le tracé de la rivière. Les ouvrages d'art, impressionnants et majestueux, se confondent parfois par mimétisme dans ce théâtre naturel. Témoins d'enjeux de communication révolus, ils s'inscrivent au patrimoine de cette vallée avec les rapaces et les saumons atlantiques qui, sur l'Allier, parviennent à réaliser leur migration reproductrice jusqu'au cœur de la France (voir le site du Conservatoire National du Saumon Sauvage).

AEMGEO est partie en baleinière (nos fameux boudins rouges sur lequels un reportage dédié arrive) pour une descente de la rivière à l'aval de l'ancien barrage de Saint Étienne du Vigan. Cette ouvrage a été démolit en 1997 par explosion. C’est la première fois qu’un barrage Edf était démantelé dans le but de restaurer une rivière à saumons. Cet effacement qui s’inscrit dans la cadre du Plan Loire Grandeur Nature faisait suite à une étude démontrant que le barrage de Saint-Etienne-du-Vigan stérilisait depuis un siècle une trentaine d’hectares des meilleures frayères à saumon du bassin de la Loire. (fiche présentant l'opération).
L'objectif de ce week-end découverte était de présenter les réajustements de la morphologie du lit de l'Allier suite au relargage de la charge de solide qui était bloquée derrière le barrage de St Étienne de Vignan. Un suivi scientifique a été réalisé par JR. Malavoi et JP Bravard, mais les résultats ne sont pas encore publiés. Nos premières observations montrent que les galets de la rivière sont descendus jusqu'au premier verrou rocheux (lieu dit de la "triple chute" dans les topo d'eaux vive) entrainant une nette diminution de la pente sur ce tronçon et une réactivation des dynamiques de dépôts (formation et érosion de bancs).
Ici, l'opération de restauration est un succès d'un point de vue écologique, rétablissant un corridor biologique pour la faune aquatique. Il faut noter qu’un autre barrage existe encore sur le val d’allier au niveau de Poutès. Des discussions sont en cours afin de décider aujourd’hui de son avenir, l’enjeu étant que l’Allier devienne la première et seule (?) rivière sans barrage majeur le long de son linéaire en France, hormis celui de Naussac situé en tête de bassin, sur l’affluent, le Chapeauroux, et dont l’impact réside essentiellement sur la gestion des débits (soutien d’étiage pour la Loire notamment). La pression est forte, les négociations rudes, et les participants mal identifiés parfois… voir absents. Au delà des paramètres scientifiques et naturalistes, un ouvrage aussi laid que soit son empreinte bétonnée sur le paysage "naturel" est aussi et d'abord un objet social. Diagnostic de territoire, concertation, participation sont des mots qui résonnent dans les projets de restaurations. Ces approches sont-elles efficaces ? Quels sont, à l'heure actuelle, les retours d'expérience ? Comment saisir ces enjeux micro- et macro-sociaux selon les échelles ? Ces questions semblent encore ouvertes. Pour rependre une des conclusions de la journée Inter-Réseaux des gestionnaires des Milieux Aquatiques, les paradigmes de l'aménagement des cours d'eau changent depuis près d'un demi-siècle. Un jour peut être, les seuils et barrages que nous effaçons deviendront du patrimoine.



